Comment animer ses leurres à truite ?

Voilà une question que vous vous êtes déjà peut-être posée ? Dois-je animer mes leurres pour la truite ? Comment ? C’est en tous cas une question que je vois revenir souvent, notamment du côté des débutants et qui pour moi est une fausse question pour laquelle je vais tenter de vous livrer une réponse simple, tout d’abord généraliste, quelque soit le leurre utilisé, puis ensuite avec quelques cas spécifiques.

Ne pas confondre animation et présentation

La question de l’animation est un peu comme la question de la couleur, c’est à dire secondaire même… Même si la prise en compte de ces critères peut faire la différence dans des conditions précises, c’est avant tout la présentation qui est susceptible de déclencher une attaque. Ainsi, plutôt que de vous demander si vous animez correctement votre leurre, demandez vous tout d’abord s’il passe dans la bonne veine d’eau, à la bonne profondeur et à la bonne vitesse. En celà, la taille du leurre aura déjà plus d’importance que son animation ou sa couleur. Si ces conditions ne sont pas réunies, quelque soit votre animation il n’y aura pas de touche. Celà est d’autant plus vrai, en début de saison où les eaux sont froides et les truites fatiguées par la fraie. Car si en été, le poisson bien plus indulgent, n’hésite pas à se déplacer et à poursuivre un leurre sur plusieurs mètres, tant que les eaux sont froides il faudra être plus précis sur ses présentations, pêcher plus lentement et plus creux. Et d’une manière générale, on a souvent tendance à pêcher la truite trop rapidement.

Ainsi, sous cette considération, on comprend que le choix du leurre, de sa taille, de son poids ou de sa densité ( s’il est flottant, plongeant, coulant, résistant ou pas au courant ) tout celà ne se fera pas selon une action ou un type de vibrations supposées mais d’abord et toujours simplement selon sa capacité à bien se présenter face au poisson. La question de la vibration ( la couleur est aussi une vibration ) étant certes un facteur pouvant faire la différence mais néanmoins secondaire : Mieux vaut de bonnes présentations avec un leurre quelconque, qu’un leurre « technique » qui ne passe pas forcément à la bonne profondeur et à la bonne vitesse.

La Force Tranquille

S’il y a un leurre pour lequel on ne se pose pas la question de l’animation c’est la cuillère. Si ce leurre qui ne date pas de la dernière pluie continue à prendre toujours aussi régulièrement du poisson au fil des saisons et des pêcheurs c’est parce qu’il démontre justement l’efficacité d’une présentation méthodique simple que l’on appelle parfois « power fishing ». Cette action de pêche bien connue chez les pêcheurs de carnassiers aux leurres résume à mon sens très bien, dans les grandes lignes, l’essence de la pêche de la truite aux leurres. Pour bien comprendre l’idée, ce « power fishing » dans notre cas n’a rien à voir avec la vitesse de récupération du leurre, bien au contraire c’est un power fishing dans le genre « Force Tranquille » à l’application méthodique et ciblée où la lenteur s’impose dans la majorité des cas. C’est là, la véritable force de cette pêche. Cette approche de la truite aux leurres est valable quel que soit le leurre utilisé et même si parfois, la pêche de la truite aux leurres doit se faire plus fine et nuancée, le principe de base reste le même et celà tient au fait qu’à la différence d’autres espèces carnassières la pêche de la truite est avant tout une pêche d’eau vive et la tenue d’un poisson en activité, susceptible de réagir à un leurre est d’un poste à l’autre, relativement toujours la même : Postée dans la veine d’eau nourricière ou à proximité de celle-ci lorsqu’elle cherche à s’alimenter, la truite a souvent peu de temps pour réagir et attaquer sa proie avant que celle-ci ne lui échappe. C’est ce qui rend par exemple la cuillère toujours aussi efficace, car même s’il n’existe pas de leurre absolu, parce qu’elle permet d’être focalisée sur l’essentiel et d’exclure un certain nombre de données secondaires voir « superficielles », elle permettra à tous les pêcheurs de truites à travers le monde d’avoir toujours des résultats réguliers au fil des saisons.

Truite de début de saison à la cuillère Suissex Suprem n°2

Truite de début de saison à la cuillère Suissex Suprem n°2

C’est peut-être d’ailleurs cet aspect « power fishing » qui me plait tout particulièrement dans la pêche de la truite aux leurres : Ma démarche est essentiellement portée sur le fait d’aller directement à la rencontre du poisson, sans trop de concessions. Les compétences nécessaires se « limitant » alors à une bonne lecture de l’eau ( quasi inutile en ruisseau ), à une bonne habileté au lancer, et à une endurance certaine. C’est pour celà que je bouge souvent beaucoup, délaissant volontairement certains postes prometteurs mais qui auraient nécessités des changements de techniques pour ne pêcher que quelques postes où je sais, au moins, que mon passage a été bon. Cette approche qui je le répète est pour moi la base, a le mérite de confronter le pêcheur à un certain nombre de faits répétitifs, et donc significatifs qui deviendront sa connaissance de base, la connaissance de base de la tenue des poissons au fil des saisons et des différents profils rencontrés. Si le succès à la pêche, passe aussi il est vrai par l’adaptation, il tient aussi et surtout au temps passé à pêcher où votre leurre est susceptible de rencontrer un poisson. Et dans cette approche, dans la majorité des cas, qu’il s’agisse d’une cuillère, d’un poisson nageur ou d’un leurre souple, celà ne fera aucune différence. La seule chose qui fera la différence, c’est votre capacité à pêcher en confiance avec votre leurre et ainsi vous appliquer lancer après lancer à aller chercher le poisson.

Cas particuliers

Vous l’avez compris, la question de l’animation dans la pêche de la truite aux leurres est une fausse question, qui doit en fait se résumer à la question de la présentation, l’animation en elle même étant essentiellement ce que l’on appelle de l’animation linéaire. Néanmoins, nous allons voir dans quels cas de figures nous pouvons céder à la tentation de se secouer le carbone.

Le premier cas de figure est la pêche aval sur un courant soutenu.  La truite est alors postée pour se nourrir, en général dans un contre courant pour ne pas s’épuiser, elle ne va pas parcourir des kilomètres fatiguant pour étudier votre leurre. Inutile d’agiter votre leurre, sous peine de rendre encore plus difficile sa tache à atteindre sa cible, le courant fait le travail pour vous et la seule animation intéressante consiste à relâcher de temps en temps le leurre pour le faire décrocher, ce qui permet par la même occasion de le faire pêcher un peu plus creux.

Deuxième cas de figure sur les pêches amont quand le courant n’est pas trop fort ou sur les zones plus calmes avec des poissons nageurs de type jerkbaits suspending ou coulants légers qui ont la propriété de se désaxer à chaque coup de scion et de faire ainsi miroiter leurs flancs. Qu’on se le dise, je ne suis pas amateur des animations épileptiques type « poisson paniqué » car c’est surtout un bon moyen de rater des touches. Par contre une récupération linéaire ponctuée que quelques twitches ( coups de scions brefs ) peuvent déclencher une attaque parce qu’un éclat particulier brisant une récupération trop linéaire pourra décider un poisson hésitant ou suiveur. Dans le même ordre d’idée, si ça n’est pas l’éclat qui fait la différence, ça sera peut-être la pause mais attention, pas trop longue la pause.

Un beau poisson suiveur, pris "à vue" au poisson nageur sur une pause et twitche alors que la récupération était presque terminée

Un beau poisson suiveur, pris « à vue » au poisson nageur sur une pause et twitche alors que la récupération était presque terminée

Troisième cas de figure, toujours sur des pêches amont ou zones à courant peu soutenu avec un leurre souple ou un jerkbait heavy sinking ( très dense et coulant ). C’est la seule configuration qui pourra nous éloigner d’une pêche trop linéaire ( bien que ces leurres et cette configuration puisse être abordée aussi de façon linéaire ) où la pêche se fera plus profonde en laissant couler le leurre à la descente tout en le contrôlant ( au cas où il y ai un touche hein ) avec une récupération faite uniquement de tirées lentes et succession de relaches contrôlées. Cette approche pourra être utilisée pour peigner les abords de berges creuses sur zones profondes en couvrant ainsi plusieurs hauteurs d’eau.

Conclusion

J’aime souvent comparer la pêche avec les arts martiaux car pour moi c’est une forme de combat, avec soi-même bien évidemment. Car si la pêche en dilettante ne demande pas d’effort particulier, celui qui recherche un résultat plus ou moins régulier doit envisager d’entrer dans une certaine discipline. Cette même discipline que l’on retrouve à la base des arts martiaux avec la répétition, bien souvent rébarbative, des mêmes gestes qui constituent la base de l’apprentissage. Seule la répétition permet d’intégrer la technique de base, à partir de laquelle on pourra s’affranchir de certaines règles et faire preuve de créativité afin de développer son style personnel seulement après un long entrainement.

Alors pour résumer : N’en faites pas trop ! Appliquez vous dans votre prospection, ralentissez la récupération et soyez endurant.